Nous sommes le samedi 20 août 1977, sur la base de lancement de Cap Canaveral. Un vaisseau spatial, appelé Voyager, décolle pour l’espace interstellaire.
Il emporte avec lui un disque phonographique couvert d’or : notre message aux civilisations extra-terrestres. Sur ce disque, des êtres humains ont gravé 118 photographies prises sur la terre, leurs salutations en 55 langues et celle chantée par une baleine à bosses, 27 musiques et des sons enregistrés sur notre planète. Tout ce que l’on voulait alors pour témoigner du meilleur de notre espèce et de notre terre. Et parmi les musiques gravées sur le disque en or, Voyager emportait avec elle un enregistrement de 1927, une chanson blues de Blind Willie Johnson : Dark was the night, cold was the ground (Sombre était la nuit, froide était la terre).

Blind Willie Johnson est mort à 45 ans, une nuit d’hiver de 1945, refusé à l’hôpital parce qu’il était noir, pauvre, et aveugle. Son corps a été recouvert de terre sous une tombe sans nom, dans un terrain vague dont on avait fait un cimetière pour les noirs. Blind Willie Johnson était un misérable du Texas, descendant d’esclaves, orphelin de mère, prêcheur évangéliste et blues-man, rendu aveugle à l’âge de 7 ans par sa belle-mère qui lui jeta une poignée de lessive au visage et brûla ses deux yeux, mort pauvre, anonyme, mais devenu ambassadeur intergalactique de l’Humanité, et dont la voix et la musique, qu’il avait appris à jouer sur une guitare fabriqué avec des boites à cigares, résonneront à jamais dans les poussières cosmiques et les particules interstellaires.

« Je ferai de son histoire un spectacle à ma façon. Nous voyagerons du Texas des années 20, jusqu’au lancement de Voyager. Nous marcherons dans les cimetières noirs abandonnés avant de rejoindre l’espace interstellaire. Pour que la voix de Willie, et celle de tous les sans voix, résonnent dans nos théâtres. » Emmanuel Meirieu


Rencontrez l’équipe artistique à l’issue de la représentation du vendredi 20 janvier